Le private equity, en clair
Comment ça marche, concrètement
Un fonds spécialisé réunit l'argent de plusieurs investisseurs et l'utilise pour entrer au capital d'entreprises non cotées : des sociétés en croissance, des transmissions d'entreprises familiales, parfois des redressements. Le fonds accompagne ces entreprises pendant plusieurs années, puis les revend. La plus-value éventuelle est répartie entre les investisseurs.
Vous ne détenez pas d'actions cotées : votre argent finance des entreprises réelles, sur le temps long, hors des marchés.
Pour un particulier, l'accès se fait le plus souvent via un support logé dans un contrat d'assurance-vie ou un PER, plus rarement en souscription directe.
Ce qu'on ne vous montre pas
Votre argent est immobilisé longtemps. Huit à dix ans, parfois davantage. Ce n'est pas une contrainte de forme : c'est le temps nécessaire pour transformer une entreprise et la revendre. Pendant ce temps, vous ne pouvez pas récupérer votre argent, ou seulement à des conditions défavorables.
Les frais sont élevés, et ils se superposent. Le support de private equity a ses propres frais de gestion annuels — souvent un à deux points, parfois plus — auxquels s'ajoutent les frais du contrat qui l'héberge. Cela peut porter le coût total annuel à un niveau qui doit être franchi avant tout gain. Une part de performance élevée est nécessaire simplement pour justifier ce niveau de frais.
Le capital n'est pas garanti, et l'échec fait partie du modèle. Certaines des entreprises financées ne réussiront pas. C'est intégré au fonctionnement du fonds ; ce n'est pas un accident.
La performance affichée est difficile à comparer. Les indicateurs utilisés dans cet univers ne se lisent pas comme un rendement annuel classique, et les rendre comparables demande un travail que la plaquette commerciale ne fait pas.
Pour qui c'est pertinent, et pour qui ça ne l'est pas
Quatre conditions, cumulatives. Je ne recommande le private equity que si les quatre sont réunies :
1. Une base solide déjà constituée — épargne de précaution, assurance-vie, retraite en place. Le private equity est ce qu'on ajoute en dernier, jamais ce par quoi on commence.
2. Une part limitée. Une fraction du patrimoine financier, pas davantage. Une somme dont l'immobilisation totale ne changerait rien à votre vie.
3. Un horizon de dix ans, accepté sans réserve. Si l'idée de ne pas pouvoir récupérer cette somme pendant une décennie vous met mal à l'aise, la réponse est non.
4. La compréhension du modèle. Savoir que des entreprises financées échoueront, et l'accepter avant de signer.
Ce n'est pas pour vous si : vous venez de recevoir un capital et cherchez où le placer — commencez par la base ; vous en aurez peut-être besoin ; ou vous y voyez surtout une promesse de rendement supérieur. C'est de cette façon que le private equity est le plus souvent vendu, et c'est la plus mauvaise raison d'y aller.